Les meilleurs films du cinéma japonais

De Mizoguchi à Kurosawa

Le Japon à été à l'avant-garde du cinéma asiatique. Dès les années 1930, des coproductions se sont tissées avec l'Allemagne. On peut par exemple citer "La nouvelle terre" de Atarashiki tsuchi, sorti en 1937. À cette époque, le cinéma japonais fut fortement représenté dans les festivals tel que la Mostra de Venise. Une période où l'on ne pouvait dissocier le cinéma japonais de ses alliés de l'axe. Une mise en scène des désirs les plus sinistres, mêlés au destin tragique des puissances impérialistes à partir de la fin du XIXe siècle.

Le Japon se positionne alors comme une puissance cinématographique de l'ère moderne et souhaite coûte que coûte rivaliser avec les nations industrialisées telles que la Russie.

Au début du 20e siècle, le cinéma japonais sera largement inspiré par le conflit russo-japonais (1904-1905). Cinéma japonais Dans les années 1930-1940, le décor se déplacera vers le pacifique et servira de cadre à des films de fiction et documentaires qui mettront en avant les premières victoires japonaises sur les américains.

Si le cinéma est utilisé comme un outil de propagande pour justifier les conquêtes nipponnes, il n'en reste pas moins qu'il dégage une beauté et une sensibilité tout à fait remarquable.

L'arrivée du cinéma au Japon

Le film est apparu au Japon en 1897, au moment du conflit sino-japonais. La campagne nippone entrait dans l'ère de la modernité et l'industrialisation intensive avait pour objectif de bousculer le nouvel ordre mondial sous domination européenne. C'est sous un prisme orientaliste que des cameramans qui collaboraient avec la société des frères Lumières retranscrire ces bouleversements sociétaux et la vie des japonais au quotidien.

Entre 1898 et 1900, le Japon fabriqua même ses propres modèles de projecteur inspirés de ceux produits par la marque Edison. Le

cinéma sera pour les japonais une façon de s'inscrire à l'écran à travers les yeux de l'occident. Débutera alors un processus de "Nihonjinron", une façon de traiter l'essence de la société japonaise comme un objet intrinsèque idéalisé.

De nombreux films de danse de geisha avec des scènes de vie dans les rues seront projetées dans des Denkikan, des salles de théâtre converties en salles de cinéma. Pour assouvir cette soif du public pour le 7e art, les sociétés de production les plus actives à l'époque sont Yoshizawa et la Yokota company.

La majorité de la production se concentre autour des histoires de kabuki et des documentaires comme ceux traitant de la révoltes de Boxeurs (1898-1900) ou de la guerre russo-japonaise. 80 % des films réalisés et diffusés seront consacrés à ce conflit. Cinéma nipponLe public reste cependant plus sensible à la narration sophistiquée des benshi, ces "voix off" retranscrivant les dialogues qui défilaient à l'écran à l'époque du cinéma muet.

À cette époque, le public japonais est passionné par la dramaturgie influencée par le kabuki, une forme de théâtre épique traditionnelle et le Bunkaru mettant en scène des marionnettes de grandes tailles. Grâce au benshi, le cinéma japonais développera un style narratif unique à partir de techniques de prises de vue et de montage singulières.

Le cinéma japonais privilégiera le réalisme psychologique à travers des scènes intenses composées d'ellipses narratives mettant en avant toutes sortes d'intrigue. Il sera également influencé par d'autres traditions artistiques telles que le roman ou la peinture. Dans les années 20, le cinéma japonais prendra clairement l'orientation du Shimpa (shinpa), un mélange de théâtre et de cinéma narrant un genre mélodramatique autour des préjugés entourant la femme et à travers elle, les problèmes de classes sociales. Cela coïncide avec l'utilisation intensive de l'onngata, une forme féminine jouée par des acteurs masculins. Kisaburô Kurihara, un acteur-réalisateur formé à Hollywood marquera la période et aidera le cinéma japonais à divorcer avec ce style "théâtral filmé".

1921 : Rojô no reikion (Âmes sur la route) est un film muet qui connaîtra un immense succès.

Le cinéma japonais sera influencé par d'autres genres théâtraux ou cinématographiques :

    • Gendai mono : un style de théâtre réaliste.
    • Le keiko eiga, un cinéma tendance qui puise son inspiration dans les problèmes sociaux contemporains et qui est traité à la façon de la gauche traditionnelle française ou américaine.
    • Les comédies nansensu.
    • Le shomingeki : un genre cinématographique néo-réaliste qui traite de la classe moyenne japonaise.

Le premier âge d'or

Le son fit son apparition dans le cinéma japonais en 1931 avec le réalisateur et scénariste Heinosuke Gosho (1902-1981). Il est l'auteur du premier film parlant " Madamu to nyobo". Ce sera l'âge d'or des grands studios Shochiku et Nikkatsu ainsi que de Toho, une importante société de production. Le succès de Toho repose sur des acteurs et des actrices populaires tels que : Kazuo Hasegawa (1908-1984) . Il fera près de trois cent films. Takako Irie (1911-1995), Setsuko Hara (né en 1920).

La superstar Hideko Takamine qui débuta sa carrière très jeune. Les réalisateurs les plus en vue de la firme sont Teinosuke Kinugasa, Hiroshi Inagaki et Mikio Naruse. Kenji Mizoguchi (1898-1956) réussira à se tailler une belle carrière en travaillant avec des sociétés de production indépendantes comme Dai-Ichi Eiga, avec qui il réalisera deux chefs-d'œuvre : Naniwa erejı (L'Élégie d'Osaka) et Gion no shimai (Sœurs de Gion).

Au niveau du cinéma indépendant, le film le plus célèbre est incontestablement Kurutta Ippeji de Kinugasa (Une page folle, 1926), un film avant-gardiste sur l'histoire d'un ancien marin qui se fait embaucher comme concierge dans un asile psychiatrique afin d'être au plus proche de sa femme, internée après avoir tenté de noyer son bébé.

Rashomon

Un nouveau genre appelé jidai-geki voit le jour. Il met en scène des univers très différents : des comédies acides autour d'une jeunesse décadente, des mélodrames larmoyants, des histoires de samouraïs à la dérive, la question de la misère, l'insouciance de l'enfance.

Si dans les années 30 le Japon exporte très peu de films à l'étranger, il est à l'inverse fortement influencé par certains codes cinématographiques Hollywoodiens comme on peut les rencontrer dans les comédies d'Ozu ou le cinéma intimiste de Mizoguchi, conçu à partir de mouvements caméra complexes.

Vous pourrez remarquer les excès de style du réalisateur dans Osaka Elegy (L'Eligie d'Osaka). Il raconte l'histoire d'une jeune téléphoniste qui devient la maîtresse de son patron pour subvenir aux besoins de sa famille et qui finira par se prostituer...

On peut également citer Zangiku monogatari (Conte des Chrysanthèmes tardifs) qui sera davantage dans la veine des films de Jean Renoir ainsi que Ninjo kamifusen de Yamanaka (Humanité et Ballons de Papier, 1938). Un mélange de théâtre Shingeki et d'histoire épique de samouraï teintée de tragédie humaine sur fond de guerre de classes.

Le cinéma japonais en temps de guerre

En 1937, le Japon en pleine guerre avec la Chine tente des excursions cinématiques pour relater le conflit. À l'image de la célébrité infamante, Yoshiko Yamaguchi, une actrice qui prit l'identité chinoise afin de faire de la propagande pour l'ennemi. Des films comme Shina no yoru (Nuit en Chine, 1940) montrera l'efficacité de cette propagande. Film de MisogushiOn ne peut appréhender le cinéma japonais de cette période sans relater la censure gouvernementale qui sévissait et qui a influé sur la production cinématographique.

Dès 1925, un comité de censure centralisée fut créé pour superviser le contenu des films, notamment en veillant sur les aspects liés à la sécurité et la moralité. Le cinéma contestataire de la gauche entre la fin des années 20 et le début des années 30 (dont de nombreux documentaires) incitera le gouvernement à davantage contrôler les diverses productions.

Les années 1930 bercées par un conservatisme social sans cesse croissant conduira au militarisme impérialiste et à la guerre du Pacifique. Les années 40 seront marquées par la censure. Les productions kokusakueiga symboliseront la propagande d’État dans tous les genres cinématographiques.

Le gouvernement exigera même la fusion de Shochiku, Toho et Daiei, les trois principaux studio japonais. Entre 1937 et 1941, les films de propagande à retenir sont : Five Scouts (Gonin no sekkohei) et Mud and Soldiers (Tsuchi to heitai). Dans un genre moins ostentatoire, il y a Genroku chushingura (La Vengeance des 47 rōnins) et Chichi ariki d'Ozu (Il était un père).

Nouveau souffle

À partir des années 50, le cinéma japonais connaît un succès qui dépasse largement ses frontières. Ses thèmes de prédilection sont dans l'air du temps, il vente les vertus de la démocratie, la libération des femmes, le rejet du féodalisme et du militarisme. Cette réalité de l'après-guerre est mise en scène par Kenji Mizoguchi dans Cinq femmes autour d'Utamaro. Un film inspiré de l'histoire du célèbre graveur sur bois (1753-1806).

Akira Kurosawa dans un cinéma immersif se penche quant à lui sur les problèmes sociétaux : Shizukanaru ketto (Le Duel silencieux), Yoidore tenshi (L'Ange ivre ) et Nora inu (Chien enragé). Ozu de son côté continue à explorer l'essence de la famille japonaise et les interactions psychologiques entre les individus. Des chefs-d’œuvre à voir absolument : Akibiyori (Fin d'automne), Bakushu (Été précoce), et Tokyo monogatari (Voyage à Tokyo).

Les raisons de cette période florissante autour des années 1950 est lié aux mélanges des anciens et des modernes. À la façon dont les maîtres des années 1930 tels que Mizoguchi, Gosho, Naruse et Ozu ont été influencés par une nouvelle vague de cinéastes incarnée par Akira Kurosawa en chef de file et soutenu par des réalisateur tels que Masaki Kobayashi , Kon Ichikawa, et Keisuke Kinoshita, etc. film samuraï

Films à ne pas manquer :

les chefs-d’œuvre de Kinoshita "Nihon no higeki" (Derniers chrysanthèmes) et de Mikio Naruse "Onna ga kaidan wo agaru toki" (Quand une femme monte l'escalier).

C'est également la réapparition des comédies musicales et de l'extraordinaire chanteuse Hibari Misora (1937-1989) que l'on voit dans de nombreux films.

Il y a aussi Yujiro Ishihara, considéré comme l'Elvis Presley japonais et qui participera lui aussi à cet âge d'or. Rashomon de Akira Kurosawa (1950), produit par Toho Studios marquera le cinéma mondial. L'histoire met en scène 4 personnes qui donnent à tour de rôle, une version différente d'un même crime. Le film recevra le Lion d'or à la Mostra de Venise et l'Oscar du meilleur film étranger.

Nouvelle génération de cinéastes

Certains critiques de cinéma se sont empressés d'attribuer le terme "Nouvelle vague" à un groupe de réalisateurs appartenant à Shochiku Studios, dans les années 1960. On peut citer Masahiro Shinoda, Nagisa Oshima et Yoshishige Yoshida (né en 1933). Le terreau favorable, inspiré des nouvelles vagues françaises et polonaises trouve sa justification dans les similitudes sociologiques qui existaient entre le Japon, l'Europe et les États-Unis. Notamment sur l'état d'esprit de la jeunesse vis-à-vis de leurs pays respectifs dans les conflits en cours. Les travailleurs pauvres et la libéralisation de la femme étaient également des thèmes centraux.

La jeunesse japonaise se révoltera d'ailleurs contre les discriminations envers les coréens ou celles touchant les burakumin , un groupe social minoritaire descendant de la castes des parias.

L'entrée de la télévision dans les foyers à partir des années 60 freinera l'essor de l'industrie cinématographique. Des films symboliseront la période : Seishun Zankoku Monogatari (Conte cruel de la Jeunesse), Furyo Shonen (Les mauvais garçons), et Buta To Gunkan (Cochons et Cuirassés).

Ces films relatent la difficulté de la jeunesse à épouser la classe moyenne ou bien a entrer dans un Japon économiquement renaissant. À l'image de la nouvelle vague française avec Godard ou Varda, la mode au Japon est à la réalisation de films employant des techniques propres au documentaire : tournage en caméra portée, éclairage minimaliste...

Film marquant : Otoshiana (Le Traquenard, 1962), le premier film du cinéaste indépendant Hiroshi Teshigahara.

Film d'action japonaisUn autre film connaîtra un succès important auprès de la jeunesse : Ninja bugei-cho d'Oshima (Carnets secrets des ninjas, 1967) produit par Sozosha Corporation et réalisé par Nagisa Oshima. Un film d'action à partir d'images fixes de type manga.

Autres films du même réalisateur salués par la critique : Koshikei (La pandaison) et Gishiki (La Cérémonie) qui s’inscrivent au cœur de la vie sociale japonaise.

Les cinéastes se sont ensuite tournés vers le film samouraï, sous l'impulsion entre-autre du réalisateur Kenji Misumi et de la star du genre, Raizo Ichikawa.

Un genre cinématographique traité sous un angle nihiliste et qui met en lumière le rōnin, ce samourai sans maîtres, considéré comme un homme-errant car exclu de la société féodale. De ces personnages singuliers, certains embrassèrent une vie monastique, firent des petits métiers pour survenir à leurs besoins ou bien se tournèrent vers le banditisme.

Film incontournable

Dai-bosatsu toge de Kihachi Okamoto (The Sword of Doom, 1966).

Akira Kurosawa a également contribué à cette tendance violente avec Yojimbo (le garde du corps) et Sanjuro (1962), avec Toshiro Mifune campant un samouraï errant. L'acteur Shintaro Katsu, élevé au rang de star au Japon contribuera largement à faire entrer le film samouraï dans une autre dimension. Il apparaîtra dans plus de vingt films et incarnera toutes les déclinaisons du rōnin en errance. Tantôt aveugle, épéiste masseur.

De la comédie à l'anime...

Vous ne pourrez point faire l'impasse sur les satires sociales du cinéaste Juzo Itami (1933-1997), le fils du réalisateur et scénariste Mansaku Itami (1900-1946). Un film culte : Tampopo, l'histoire d'un restaurant de nouilles japonaises. Kazoku gemu (jeu de famille) de Yoshimitsu Morita : une comédie qui relate l'histoire d'une famille issue de la classe moyenne confrontée au système éducatif japonais.

Anime : un succès planétaire Actrices japonaises

L'anime fera son apparition dans le cinéma japonais et les séries télévisées. Le genre "anime" dominera l'industrie cinématographique durablement au point de créer une véritable emprise sur les mœurs japonaises. Le phénomène Anime dépassera largement les frontières du Japon.

Réalisateurs incontournables : Hayao Miyazaki qui battra continuellement des records de box-office avec des films tels que Mononoke-hime (Princesse Mononoké, 1997), Sen to Chihiro no kamikakushi (Le Voyage de Chihiro, 2001) et Hauru no ugoku shiro (Le Château ambulant, 2004).

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