Le Baroque dans l'Art Européen
Le Baroque en Italie
Le Baroque, période artistique dynamique et pathétique, émergeant en Italie et fleurissant en Europe occidentale ainsi qu'en Amérique latine entre la fin de la Renaissance et le retour au classicisme, incarne un mouvement complexe marqué par des mutations évolutives, notamment à la fin du XVIIIe siècle. Cette phase finale du Baroque soulève des questions cruciales : le Rococo, souvent confondu avec le Rocaille, constitue-t-il une extension du Baroque ou une entité distincte ? La réponse reste sujette à un débat persistant dans les milieux académiques.
Le Rocaille et le Rococo
Le Rocaille, ancré dans la France du début du XVIIIe siècle, s'épanouit principalement dans les arts décoratifs entre 1720 et 1740. En revanche, le Rococo, atteignant son apogée entre 1720 et 1780, représente un développement tardif mais distinct du style architectural et décoratif. Bien que leurs origines soient intimement liées au Baroque italien, les deux courants témoignent de manifestations variées et non nécessairement contemporaines.
Le Baroque à Rome
Rome, berceau incontesté de cette esthétique, demeure profondément marquée par le triomphalisme de la Contre-Réforme, influençant largement le caractère religieux de l'art Baroque. Souvent associé à tort à l'« art jésuite », le Baroque doit sa grandeur principalement aux papes, catalyseurs majeurs dès le début du XVIIe siècle. Carlo Maderno, avec ses premières façades d'églises baroques telles que Santa Susanna, et suivant les traces du Vignole, innove en accentuant l'articulation des formes et en explorant les jeux subtils d'ombres et de lumière.
Ces tendances se cristallisent sous la direction du Bernin, sculpteur de renom propulsé par Urbain VIII. Des œuvres telles que Sant’Andrea al Quirinale illustrent l'emploi systématique de lignes courbes et l'introduction de marbres polychromes et de stuc pour enrichir l'effet dramatique et théâtral des structures. L'influence de Michel-Ange se fait sentir à travers des réalisations comme le baldaquin colossal sous la coupole de Saint-Pierre, tandis que la colonnade extérieure, audacieuse mais harmonieuse, complète cette composition majestueuse.
Les Architectes Innovateurs
En architecture civile, Borromini, architecte novateur, repousse les limites du Baroque en préférant les lignes sinueuses et les formes elliptiques, contrastant avec la monumentalité du Bernin. Son œuvre à Rome, notamment San Carlino alle Quattro Fontane et Sant’Ivo alla Sapienza, influence durablement le paysage urbain et inspire les générations futures de bâtisseurs baroques, tout comme Guarino Guarini à Turin, dont les expérimentations avec les courbes et les éclairages confinent à l'illusion et à la mystique.
D'autres architectes éminents, tels que Carlo Rainaldi et Pierre de Cortone, contribuent également au développement de l'architecture baroque à Rome et au-delà. Au XVIIIe siècle, des figures comme Alessandro Galilei et Ferdinando Fuga maintiennent les traditions baroques dans la capitale italienne, tandis que des innovateurs comme Juvara et Vittone au Piémont enrichissent le style avec des touches rococo et des expérimentations architecturales.
La Sculpture et la Peinture
La sculpture, composante essentielle de l'art Baroque, déploie une riche variété de motifs décoratifs, de trophées et de cartouches, souvent exécutés en stuc pour permettre une liberté expressive maximale. En peinture, le Baroque italien se démarque par une diversité artistique fascinante, dynamisée par le caravagisme et perpétuée par des maîtres tels que Guido Reni, le Dominiquin et l'Albane, renouvelant ainsi le vocabulaire visuel du Baroque.
Pierre de Cortone, protagoniste majeur du décor peint à Rome, célèbre la joie de vivre sous les voûtes du palais Barberini, tandis que des artistes comme Carlo Maratta et Luca Giordano maintiennent la vitalité de la peinture baroque au XVIIIe siècle. À Venise, Giambattista Tiepolo se distingue par son génie coloriste et la fantaisie de ses compositions, transportant le Baroque à de nouveaux sommets à travers l'Europe.
En conclusion, le Baroque italien incarne non seulement une période d'innovation artistique mais aussi une réinvention radicale des formes et des expressions, marquant une étape cruciale entre la Renaissance et le classicisme. Sa richesse iconographique et sa diversité stylistique continuent d'influencer les générations futures d'artistes et de penseurs, tout en témoignant de la profondeur spirituelle et de l'émotion intense qui caractérisent cette période phare de l'histoire de l'art européen.
Le Baroque Ibérique
En dehors de l'Italie, les deux principales zones où le baroque s'épanouit sont la péninsule Ibérique avec son prolongement américain, souvent désigné sous le nom de baroque colonial, et le sud de l'Europe centrale, englobant les régions germaniques des Alpes et du Danube, s'étendant jusqu'aux contrées slaves de Bohême et de Pologne. Ces terres sont indubitablement dominées par le catholicisme, avec une intensité particulière en Allemagne du Sud et en Bohême, amplifiée par des interactions parfois conflictuelles avec le monde protestant.
Retables et « pasos »
Au XVIIe siècle, l'Espagne se distingue par sa grandeur nationale et sa richesse immense, fruit de l'or affluant du Nouveau Monde. Ce contexte économique revêt une importance cruciale : l'art baroque s'exprime généreusement à l'intérieur des églises à travers la profusion des retables, qui magnifient non seulement le maître-autel mais aussi les autels secondaires.
Le retable n'est pas une invention du baroque, ayant été largement utilisé durant la période flamboyante du gothique et la Renaissance. Cependant, il devient une forme privilégiée du système baroque, car il s'harmonise avec les notions de splendeur, de scénographie et de séduction sensorielle. Le retable baroque émerge avec sa propre physionomie : une véritable architecture avec des ordres superposés, des colonnes, des pilastres, des frontons, des niches, des consoles, accentuant souvent un grand tableau central dans la composition.
L'or se répand abondamment : bronze doré, bois doré, stuc doré. Contrairement à l'Italie, qui privilégie l'usage modéré de la dorure grâce à ses variétés de marbres polis qui confèrent déjà une sensation de richesse et de brillance, l'Espagne opte pour une omniprésence de l'or. Rien n'est trop somptueux pour la demeure du Seigneur. De la transition des grands retables plateresques aux immenses constructions baroques foisonnantes de statues, de motifs décoratifs, souvent végétaux, l'ensemble se transforme en une débauche ornementale où l'œil se perd, ne retenant qu'un éclat multiforme.
Alors que le baroque italien met en avant des accents puissants, articulant ses compositions parfois avec une lourde insistance, le baroque espagnol procède par accumulation, manifestant une sorte de désinvolture structurelle. Ce dernier se caractérise également par un désintérêt pour la valeur intrinsèque du détail, conçu uniquement pour l'aspect global ; d'où la médiocrité générale de la sculpture et de la peinture qui participent à ces gigantesques expositions, produits d'un artisanat local à la formation souvent limitée.
Un autre aspect typiquement espagnol du baroque est incarné par les pasos, des statues de grande taille représentant les personnages de la passion du Christ, destinées à être portées lors des processions de la Semaine Sainte et reléguées le reste de l'année dans des dépôts ou des sacristies. L'appel à la sensibilité et à la sentimentalité atteint une intensité et un réalisme presque insoutenables. Les personnages adoptent des attitudes pathétiques, et surtout l'illusion du réel est poussée à l'extrême, avec des statues peintes dans des couleurs naturelles, des yeux pleurant des larmes presque authentiques, des cheveux et des vêtements souvent réels.
Malgré cette expressionnisme parfois douloureux, les meilleurs sculpteurs de l'époque tels que Montañés, Alonso Cano et Pedro de Mena ont sculpté des pasos, et ce genre atteint parfois une puissance et une grandeur tragique. Le goût pour le pathétique, voire l'horreur, est une caractéristique marquée du monde baroque espagnol, imprégnant également toute la grande sculpture qui doit beaucoup aux pasos.
Ce fonds, qualifié d'hispanique, résiste à l'influence italienne qui se manifeste vigoureusement dans l'architecture. Les provinces montrent une perméabilité variable au langage baroque, qui s'installe facilement à Valence et s'introduit à Madrid (Plaza Mayor). En face de la vénérable basilique de Saint-Jacques-de-Compostelle, l'Obradoiro s'élève, un retable de pierre agrandi de manière démesurée atteignant des sommets sublimes. On retrouve au Portugal une tendance à transposer sur les façades les retables intérieurs.
La Peinture Espagnole
Le XVIIe siècle constitue l'apogée de la peinture espagnole, qui n'a certainement pas besoin de l'étiquette baroque pour s'élever. Pour certains artistes comme Zurbarán, l'austérité, la gravité et une certaine économie de moyens semblent loin du baroque. Vélasquez reste fidèle à un classicisme empreint d'équilibre dans la composition et de mesure dans les gestes, mais sa lumière et sa couleur doivent beaucoup à l'Italie, autant aux Vénitiens qu'aux grands baroques.
Ribera, avec ses anatomies tourmentées et pantelantes, mérite l'épithète baroque, influencé par le caravagisme, bien qu'il soit plus italien qu'espagnol, son principal atelier étant à Naples. Les peintres andalous Alonso Cano et Valdés Leal, plus que Murillo, préfèrent le sentimentalisme au pathétique.
Baroque Churrigueresque et Art Monarchique
Au XVIIIe siècle, le baroque espagnol est souvent qualifié de « style churrigueresque », en raison de l'importance accordée à la famille Churriguera, dont le représentant le plus éminent fut José, souvent assisté de ses deux frères. Originaires de Catalogne et sculpteurs de retables, ils se hissent parfois au rang d'architectes.
On attribue abusivement à José Churriguera la dernière phase particulièrement prolifique des décors intérieurs d'église, caractérisée par un grouillement dévorant la structure. Cependant, José Churriguera, comme le révèle le retable de San Esteban à Salamanque, s'efforce d'articuler vigoureusement son décor, une rigueur que certains de ses émules ne respecteront pas.
Les Figueroa jouent en Andalousie le rôle tenu par les Churriguera dans le nord de la péninsule. C'est seulement au XVIIIe siècle que Séville s'ouvre au baroque grâce à eux. Francisco Hurtado Izquierdo construit et décore d'extraordinaires sacristies et chapelles du Saint-Sacrement, avec l'utilisation de matériaux précieux et une virtuosité dans l'assemblage de motifs géométriques évoquant les influences profondes de l'Espagne dans l'art musulman (chartreuse d'el Paular).
À Tolède, le célèbre « transparent » de la cathédrale, conçu par Narciso Tomé, suit un principe berninien : une source lumineuse invisible diffuse une clarté mystérieuse, avec des effets de contre-jour où une Cène sculptée semble flotter dans les airs, portée par une gloire et un entourage d'anges.
Pedro de Ribera et Teodoro Ardemans travaillent pour la Cour et les grands, affectionnant les accumulations, comme dans leurs catafalques encore plus opulents qu'en Italie. En effet, dans l'art baroque, la Mort devient aussi un spectacle, avec un répertoire macabre complet.
Le règne de Philippe V introduit l'influence française, perceptible davantage dans le mobilier et les jardins que dans les constructions et la peinture. L'architecte italien Juvara est sollicité par le roi d'Espagne pour son palais de Madrid, rappelant étrangement le second projet présenté par Le Bernin à Louis XIV pour la transformation du Louvre, projet finalement écarté au profit de la sage colonnade actuelle, une revanche lointaine du baroque romain.
La statuaire baroque des jardins de Versailles et de Marly est reprise dans le parc d'un autre palais, celui de la Granja, par Ardemans. Des artistes étrangers, italiens, français et même allemands, s'installent en Espagne, attirés par le mécénat de la Couronne, qui évolue vers une plus grande intégration stylistique.
Résumé
L'art baroque en peinture est un mouvement artistique qui a émergé au XVIIème siècle en Europe, notamment en Italie et en Espagne.
Il est né à une époque de grandes bouleversements politiques, religieux et sociaux, et a été fortement influencé par les événements de la Contre-Réforme catholique et par les nouvelles évolutions scientifiques et philosophiques de la Renaissance.
Origine: Le mot baroque nous vient du portugais "barocco", qui signifie "bijou irrégulier". Il a été utilisé pour la première fois pour décrire l'art de cette période en raison de sa nature ornée, complexe et déroutante.
Les peintres qui ont marqué ce mouvement
Caravaggio : un artiste célèbre qui a su utiliser les jeux d'ombre et de lumière pour créer des scènes dramatiques à haute intensité émotionnelle.
Rubens : Connu pour ses peintures colorées dédiées aux thèmes religieux et mythologiques.
Velázquez : il est considéré comme l'un des plus grands peintres baroques espagnols, il a immortalisé à travers son oeuvre, des scènes de vie au sein de la cour royale avec force détails et couleurs.
Bernini : Sculpteur et architecte italien talentueux, connu pour ses oeuvres monumentales de la Contre-Réforme.
Artemisia Gentileschi (1593-1653) : peintre italien célèbre pour ses tableaux historiques et religieux. Elle a été une figure importante de l'art baroque, en particulier pour la dimension dramatique de son oeuvre et ses sujets féminins à forte personnalité.
Bartolomé Esteban Murillo (1617-1682) : peintre espagnol, connu pour ses tableaux religieux et ses nombreux portraits de personnalité de l'époque. Il était installé à Séville où il créa de nombreux tableaux pour les églises locales.
Francesco Albani (1578-1660) : peintre italien actif à Bologne et à Rome. Il est également connu pour ses peintures religieuses et ses portraits.
Francesco Solimena (1657-1747) : peintre italien connu pour ses peintures autour de la foi religieuses et des scènes historiques. Il a travaillé à Naples et a influencé de nombreux peintres de la région.
Les sous-genres de ce mouvement
- Baroque tardif : Ce sous-genre se caractérise par une utilisation plus subtile et plus élégante des éléments baroques, avec une attention accrue à la finesse des détails.
- Baroque dynastique : Ce sous-genre a été utilisé pour célébrer la puissance et la richesse des familles royales européennes.
- Baroque chur : Ce sous-genre s'est concentré sur les thèmes religieux, en utilisant des images dramatiques pour renforcer les enseignements de l'Église catholique.



