Art cinétique

Un mouvement artistique né dans les années 1950 et 1960

Le cinétisme, une forme d'expression artistique captivant le changement et le mouvement, s'enracine dans une convergence historique de disciplines scientifiques et artistiques. Ce courant, apparu au XXe siècle, trouve ses origines conceptuelles dans les innovations cinématographiques et les avancées technologiques de l'époque. Les pionniers tels que Naum Gabo et Antoine Pevsner, dans leur Manifeste réaliste de 1920, ont introduit le terme "cinétique" pour décrire les formes dynamiques captant l'essence du temps réel.

Le mouvement, omniprésent dans l'histoire de l'art, s'est manifesté non seulement comme un moyen de représenter le déplacement dans un espace statique, mais aussi comme une source d'inspiration pour le divertissement, le drame et la décoration. Les œuvres cinétiques trouvent leurs inspirations aussi bien dans la tradition artistique que dans des manifestations para-artistiques comme les automates, les jeux mécaniques, voire les premiers développements du cinéma.

L'art cinétique, pleinement établi à partir de 1953-54, englobe à la fois les œuvres en mouvement réel, telles que les machines et les mobiles, ainsi que celles qui combinent lumière et mouvement. Il comprend également des œuvres de "mobilité virtuelle", où la contrainte optique ou tactile induit chez le spectateur une sensation de mouvement.

Art cinétique

Les Précurseurs et les Influences

Les précurseurs de ce mouvement sont intimement liés aux défis esthétiques posés par l'ère industrielle et l'avènement de la machine. Les dadaïstes et les constructivistes ont exploré dès les années 1912-1925 les possibilités du mouvement réel, inspirant des expérimentations artistiques qui intègrent le mécanisme dans leur esthétique. Marcel Duchamp, figure marquante du dadaïsme, a notamment exploré le mouvement mécanique à travers des œuvres comme "Nu descendant un escalier".

Les constructivistes russes, comme Naum Gabo et Vladimir Tatline, ont également repoussé les limites de l'art en intégrant le mouvement réel dans leurs constructions sculpturales. Le Bauhaus allemand, célèbre pour ses expérimentations multidisciplinaires, a joué un rôle crucial en explorant les mouvements optiques et lumino-cinétiques, anticipant ainsi les développements futurs de l'art cinétique.

L'Op Art et l'Expérience de l'Optique

L'Op art, émergeant vers la fin des années 1950, représente une extension de l'abstraction géométrique cherchant à provoquer une sensation de mouvement à travers des effets optiques contrôlés. Des artistes comme Victor Vasarely et Jésus Rafael Soto ont exploré les possibilités de la vibration optique, créant des œuvres où la perception du mouvement est induite par des arrangements géométriques précis.

La Nouvelle Tendance : Exploration et Innovation

La « nouvelle tendance » en art cinétique, définie par le principe du déplacement du spectateur, établit un lien essentiel entre le cinétisme à mouvement réel et le cinétisme optique. Ce principe devient le moteur principal pour diverses explorations artistiques incluant des reliefs, des structures en transparence, ainsi que des volumes réfléchissants. Ces éléments, par leur capacité à capter la lumière, transforment continuellement l'espace des œuvres. Réalisées dans une diversité de matériaux, ces œuvres suscitent une gamme impressionnante de sensations visuelles.

  • Les reliefs en bois blanchi de Sergio de Camargo (né en 1930) illustrent des croissances presque organiques.
  • Hugo Demarco (né en 1932) et Julio Le Parc (né en 1928) créent des vibrations imprévisibles sur leurs surfaces réfléchissantes.
  • Enzo Mari (né en 1932), Yvaral (né en 1934), Ludwig Wilding (né en 1927), Günther Uecker (né en 1930), Toni Costa (né en 1935) utilisent des micro-éléments programmés pour introduire des changements subtils.
  • Francisco Sobrino (né en 1932) explore les volumes transparents, tandis que Carlos Cruz-Diez (né en 1923) s'engage dans des Physichromies révélant des mutations chromatiques.

Dans un contexte plus général, les artistes de la « nouvelle tendance » se concentrent sur l'étude et l'application des phénomènes psychophysiologiques du mouvement. Ce terme, adopté pour une exposition internationale à Zagreb en 1961, rassemble une série de concepts et d'objectifs communs plutôt qu'un programme artistique structuré. Il cristallise des idées ayant inspiré préalablement la formation de groupes d'artistes à Paris, Düsseldorf, Padoue, Milan, ainsi que des expositions notables qui ont marqué la reconnaissance précoce de l'art cinétique.

Un aspect unique de cette période est l'apport significatif des artistes sud-américains, enrichissant la « nouvelle tendance » de leurs perspectives particulières. Des figures telles que C. Cruz-Diez et Narciso Debourg (né en 1925) du Venezuela, ainsi que J. Le Parc, H. Demarco, Luis Tomasello (né en 1915), Martha Boto (née en 1925), Horacio Garcia-Rossi (né en 1929), Antonio Asis (né en 1932) d'Argentine, sont devenus des acteurs majeurs à Paris, influençant à leur tour les artistes restés en Amérique du Sud.

Chaque groupe et chaque artiste adopte des approches distinctes, mais tous accordent une importance primordiale au principe d'instabilité. Celui-ci exprime un espace-temps en perpétuelle évolution, où le mouvement réel ou optique devient le langage privilégié pour une perception phénoménologique des formes.

Malgré la brève durée de vie des différents groupes — entre cinq et neuf ans — ceux-ci ont joué un rôle décisif dans la diffusion de l'art cinétique. Aujourd'hui, cette discipline continue de se développer grâce aux démarches individuelles variées. Gianni Colombo (né en 1937) et Toni Costa se concentrent sur l'art « programmé », François Morellet (né en 1926) et F. Sobrino explorent les grilles, les trames et les structures transparentes, tandis que J. Le Parc utilise des suspensions réfléchissantes pour créer ses « ballets de lumière ».

L'expression cinétique se caractérise souvent par la transformation de l'œuvre par le spectateur lui-même. La notion de « transformable » guide les recherches de certains cinéticiens comme E. Mari, B. Munari, Yaacov Agam (né en 1928), Paul Talman (né en 1932). Le spectateur devient ainsi acteur en modifiant la structure des œuvres par la manipulation directe d'éléments articulés ou pivotants, ou en réorganisant des éléments mobiles sur une surface.

Les artistes comme Lygia Clark (née en 1920) et Helio Oiticica (né en 1937) du Brésil proposent une intégration totale du spectateur dans l'œuvre. Les créations de L. Clark en matériaux souples suivent le rythme de la main qui interagit avec la proposition visuelle, tandis que les Parangolés d'Oiticica enveloppent littéralement le porteur dans une couleur tactile. Avec leurs œuvres transformables offrant des possibilités imprévisibles, le cinétisme se rapproche des happenings, ajoutant ainsi une dimension ludique à leur proposition visuelle.

Les Différentes Manifestations du Mouvement

En ce qui concerne les œuvres en mouvement réel, on distingue trois types principaux selon la source du mouvement : celles actionnées par un moteur (systèmes électriques, mécaniques ou électromécaniques), les œuvres lumino-cinétiques, et celles utilisant le potentiel cinétique d'éléments naturels et de phénomènes. Les mouvements ainsi produits varient en vitesse, en rythme, en direction et en intensité, créant un espace-temps unique pour chaque œuvre, souvent en relation directe avec les manifestations lumineuses.

  • L'usage des machines électriques dans les recherches plastiques par le Belge Pol Bury (né en 1922) inaugure un rythme imprévisible dans ses œuvres.
  • Les créations de Jean Tinguely (Suisse, né en 1925) se distinguent par leur ironie et leur inventivité, critiquant le pouvoir de fascination des machines à travers des constructions absurdes, parfois autodestructrices ou présentées sous forme de happenings.
  • Harry Kramer (Allemagne, né en 1925) construit des "cages" en fil de fer, souvent caricatures d'objets quotidiens, où des petites machines absurdes tournent sans cesse dans des directions et à des niveaux différents, critiquant ainsi leur trivialité et leur aliénation potentielle.
  • Gerhard von Graevenitz (Allemagne, né en 1934) explore les effets optiques et les nouveaux "ordres statistiques" sur la surface de ses reliefs à éléments métalliques tournants.
  • David Medalla (Philippines, né en 1942) introduit le mouvement électromécanique pour exciter des éléments naturels, permettant ainsi des évolutions non contrôlées.

Le lumino-cinétisme, développé par Nicolas Schöffer (France, d'origine hongroise) et d'autres artistes, intègre la cybernétique et l'électromagnétisme pour créer des constructions spatio-dynamiques réagissant à leur environnement ou à des programmes informatiques.

En conclusion, l'art cinétique, par sa capacité à intégrer le mouvement et la lumière dans des formes plastiques en évolution constante, représente une évolution significative dans le paysage artistique contemporain. En interagissant avec les avancées scientifiques et technologiques de leur époque, les artistes de ce mouvement ont élargi le champ de la création artistique, cherchant à dynamiser l'architecture et à créer des environnements immersifs et participatifs pour un public élargi, dépassant ainsi les frontières de l'esthétique traditionnelle.

Résumé

L'art cinétique se concentre sur la mise en mouvement des œuvres d'art. L'art cinétique a été fortement influencé par les avancées technologiques de l'époque, notamment par l'utilisation de moteurs électriques et de mécanismes simples pour créer des œuvres animées.

L'origine de l'art cinétique remonte à des artistes tels que Francis Picabia et Marcel Duchamp qui ont exploré les possibilités de l'art mécanique dans les années 1910 et 1920. Cependant, c'est seulement dans les années 1950 et 1960 que le mouvement cinétique a vraiment pris son élan en Europe et en Amérique du Sud.

Les artistes emblématique de ce mouvement sont Alexander Calder, Julio Le Parc, Yaacov Agam et Jean Tinguely.

Alexander Calder (1898-1976) était un sculpteur et artiste américain célèbre pour ses oeuvres mobiles, des sculptures en mouvement qui ont révolutionné la sculpture moderne. Il a étudié à l'École des Arts Décoratifs de Philadelphie et à l'Académie de la Grande Chaumière à Paris, où il a été influencé par les artistes du mouvement dada et de la Renaissance

Julio Le Parc (né en 1928) est un artiste plasticien et peintre argentin connu pour ses œuvres cinétiques. Il a fondé le Groupe de Recherche d'Art Visuel en France dans les années 1960 au sein duquel il a travaillé sur l'interactivité et la participation du public dans l'art.

Yaacov Agam (né en 1928) est un artiste israélien connu pour ses œuvres optiques en trois dimensions. Son art est considérée comme une immersion dans des expériences sensorielles où la lumière, la couleur et le mouvement offrent au public des illusions visuelles absolument incroyables.

Jean Tinguely (1925-1991) était un sculpteur suisse connu pour ses machines à mouvement mécanique qui semblent remonter le temps. Ses œuvres souvent considérées comme des commentaires sur la technologie moderne utilisent différents matétiaux tels que le métal, le bois et des pièces mécaniques récupérées.

Il existe plusieurs sous-genres de l'art cinétique dont l'art optique, qui se concentre sur les effets visuels produits par des mouvements rapides, et l'art cybernétique, qui utilise des technologies électroniques et informatiques pour créer des œuvres en mouvement.

Extraverti.com

Le média dédié à l'art, la culture et le multimédia. Publications, livres...

Publications
  • Roman de science fiction
    42, l'enquête ultime
    Ouvrage
  • Méthode de coaching personnel
    Le journal bien-être
    Sois ton propre coach