Le cubisme : Révolution Artistique Moderne

Le cubisme, élan révolutionnaire dans l'art moderne, émerge à partir de 1907, bouleversant le concept même de la forme, jusque-là déprécié dans les cercles académiques. Cette révolution contraint les apparences à se cristalliser dans une polyédrique où ne subsistent que des traces fugitives de leur origine visuelle.

Son impact et sa vitalité préguerrière doivent beaucoup aux tempéraments exceptionnels de ses pionniers : Picasso et Braque, suivis de près par Juan Gris, Léger, et Delaunay. Trois événements préparent le terrain pour son avènement : les œuvres de Seurat exposées au Salon des Indépendants de 1905, la rétrospective Cézanne de 1907, et la découverte de l'art africain.

cubisme

L'art moderne, incarné pleinement par le cubisme, abandonne le réalisme qui avait prévalu pendant des siècles. L'art cesse d'être un interprète de la nature extérieure ou intérieure pour n'exister que par et pour lui-même. Il cherche désormais sa raison d'être en explorant ses propres moyens et en se référant à sa propre essence.

Les précurseurs : Seurat et Cézanne

Déjà, Seurat tentait avec rigueur de formuler des lois mentales applicables à la structure de la peinture, soumettant la vérité et la beauté à une méthode scientifique. Cézanne, quant à lui, assurait la transition de l'impressionnisme vers des mouvements réactifs en équilibrant la sensation avec la réflexion, développant ainsi un langage plastique basé sur le plan et la couleur.

Les théoriciens du cubisme

Les théoriciens du cubisme, Gleizes et Metzinger, soulignent que l'étude des formes primordiales ouvrira de nouvelles perspectives artistiques, concluant que la compréhension de Cézanne préfigure le cubisme.

Les débuts du cubisme : Analytique et Synthétique

Le cubisme analytique, caractéristique de sa première phase, consiste à décomposer les éléments visuels fondamentaux pour reconstruire la réalité selon une nouvelle grammaire des formes. Par la suite, le cubisme synthétique assouplit encore davantage la représentation de la réalité en se concentrant sur les natures mortes, où les formes sont stylisées et les couleurs réduites à une gamme restreinte de tons neutres.

Évolution et influence

Le cubisme marque un tournant majeur dans l'histoire de l'art, abandonnant les expressions affectives pour se concentrer sur l'organisation intellectuelle et constructive des formes et des couleurs. Cette approche, qui trouve ses racines dans les périodes antérieures de l'art égyptien, grec et de la Renaissance italienne, préfigure une ère de plastique abstraite et indépendante.

Impact et héritage

Le cubisme, bien que critiqué pour son dogmatisme et son rejet des expressions individuelles excessives, marque une étape essentielle vers l'abstraction géométrique et l'art cinétique qui suivront. Son exploration de la forme, de la couleur et de la composition inspire encore aujourd'hui de nombreuses générations d'artistes à travers le monde.

Les grands créateurs

Pablo Picasso

En 1906, Pablo Picasso rompt avec la virtuosité de ses précédentes périodes bleues (1901-1904) et roses (1905-1906). Les influences des sculptures archaïques ibériques, avec leur plasticité marquée (larges yeux, arêtes nasales prononcées), se manifestent dans le portrait de Gertrude Stein (1906) et dans les deux figures centrales des Demoiselles d'Avignon (Museum of Modern Art, New York).

Les trois autres figures, préparées par de nombreuses études, montrent l'influence des arts océanien et africain, découverts par Picasso au musée du Trocadéro. Cette période dite "nègre" introduit des éléments caractéristiques du cubisme naissant : l'association d'éléments vus sous différents angles (yeux de face, nez de profil), ainsi que la réduction des volumes et des membres dans un plan commun.

Le cubisme Analytique

Le cubisme analytique, amorcé dans des œuvres comme "La Jeune Fille à la mandoline" (1910, collection privée, New York), se développe dans les toiles de Cadaquès (été 1910) et atteint son apogée avec des œuvres telles que le "Portrait de Kahnweiler" (1910, Art Institute, Chicago). Picasso abandonne toute profondeur traditionnelle au profit de plans superposés qui s'entrelacent avec une finesse extrême, utilisant une palette restreinte de gris, de beiges et de verts sourds. À cette époque, des éléments graphiques tels que des crosses, des cartes à jouer ou des flèches apparaissent, comme dans "L'Oiseau blessé" (1911, collection Marc Chadourne).

Un regain d'audace en 1912 voit l'invention du collage avec "Nature morte à la chaise cannée" (collection Picasso), où des matériaux comme des morceaux de toile cirée à motifs de cannage imprimé sont fixés directement sur la surface du tableau. Picasso introduit également des techniques illusionnistes telles que le faux bois, expérimenté pendant l'été 1912 à Sorgues avec Braque. La couleur réapparaît progressivement dans des séries de natures mortes comme "Ma jolie", inspirée par la chanson populaire "O Manon, ma jolie".

Les années de guerre voient une intensification de l'utilisation de la couleur, comme dans "L'Italienne" (1917, collection Bührle, Zurich), tandis que l'emploi de courbes et d'arabesques oriente le cubisme synthétique de Picasso vers de nouvelles formes de séduction, notamment avec le rideau du ballet "Parade". Bien que Picasso commence à s'éloigner du mouvement qu'il a contribué à créer, ses dernières œuvres marquantes incluent "La Fenêtre" (1919) et "Les Trois Musiciens" (1921, musée de Philadelphie).

Georges Braque

Moins célèbre que Picasso à leurs débuts, Georges Braque, avec ses toiles fauves peintes à La Ciotat et à l'Estaque durant l'été 1907, montre déjà un talent prometteur. Fasciné par les possibilités plastiques nouvelles que révèlent les "Demoiselles d'Avignon", il expérimente à son tour l'abandon de la perspective traditionnelle, notamment dans sa toile monumentale "La Grande Baigneuse" (1907, collection Cuttoli).

À partir de 1908, Braque explore la décomposition cézannienne des volumes, visible dans ses paysages de l'Estaque exposés chez Kahnweiler en novembre. Le critique Vauxcelles écrit à leur sujet : "Braque [...] réduit tout à des schémas géométriques, à des cubes." Travaillant parfois de mémoire comme Picasso, Braque développe un jeu de touches parallèles et de passages fragmentés dans ses vues de La Roche-Guyon (été 1909).

Le cubisme analytique de Braque se concrétise pendant l'hiver 1909-1910 à travers des paysages comme ceux de Carrières-Saint-Denis et des natures mortes où la reconstruction linéaire prime sur la décomposition formelle, comme dans "Verre sur une table" (collection Hornby, Londres). En été, Braque se tourne vers des compositions plus abstraites, telles que "Les Usines de Rio Tinto à l'Estaque", qui suggèrent plutôt qu'elles ne décomposent les objets en facettes et arêtes.

La période des collages débute en 1912 avec Braque, marquant une transition de la représentation vers le phénomène plastique pur. Tout en prenant des libertés exagérées avec la réalité, il maintient fermement sa présence à travers des émotions suscitées plutôt que par une imitation directe. Son exploration de la technique du faux bois et l'intégration d'objets trouvés, comme dans "Nature morte à la chaise cannée", révèlent un esprit innovateur.

Juan Gris

Juan Gris, arrivé à Paris en 1906 avec une formation scientifique, s'installe au Bateau-Lavoir où il rencontre Picasso. Initialement dessinateur publicitaire, il commence avec des gouaches avant de se tourner vers des œuvres plus naturalistes en 1910. À partir de 1911, il adopte l'huile et interprète méthodiquement les découvertes de ses contemporains.

Son approche mathématique cherche à clarifier le désordre apparent du cubisme analytique, comme dans "Hommage à Picasso" (Art Institute, Chicago), une synthèse de vues multiples du visage organisées en facettes sous un éclairage latéral. Dans des œuvres comme "Portrait de Germaine Raynal" (1912, collection Raynal), il utilise une structure de lignes qui rappelle une charpente de vitrail, étudiant chaque sujet sous des angles spécifiques.

Précurseur du collage, Juan Gris introduit un morceau de miroir dans des œuvres comme "Le Lavabo" (1912, galerie Louise-Leiris), affirmant ainsi la réalité palpable dans ses compositions. Dans le cubisme synthétique, il développe une esthétique personnelle avec de grandes surfaces géométriques qui jouent sur des illusions de bois, comme dans "Violon et guitare" (1913, collection D. Colin, New York).

Pendant la guerre, ses recherches deviennent plus complexes et raffinées, comme dans "Nature morte à la guitare" (1915, musée Kröller-Müller, Otterlo), où la fragmentation des objets et leur multiplicité reflètent une mémoire et une intellectuelle abstraites. Gris allie précision intellectuelle et intuition plastique, produisant des œuvres élégantes et démonstratives comme "Le Joueur de guitare" et "Le Damier" (1919).

Chronologie du cubisme

1906

L'art des Fauves se renouvelle au contact de l'art nègre. Derain expérimente des éléments précubistes dans ses "Baigneuses", une voie qui ne sera pas poursuivie dans son œuvre ultérieure. Pendant ce temps, Picasso, après un été à Gosol, esquisse les premières études des "Demoiselles d'Avignon", inspiré par les pensionnaires d'une maison close rue d'Avignon à Barcelone. Juan Gris s'installe à Montmartre, au "Bateau-Lavoir", où résident également Picasso, Mac Orlan, Salmon, Gargallo, et Reverdy, nommé ainsi par Max Jacob.

1907

Picasso achève les "Demoiselles d'Avignon". Braque peint des paysages cézanniens à La Ciotat et à l'Estaque. Une rétrospective de Cézanne au Salon d'automne (56 œuvres) et la publication de ses lettres à Émile Bernard marquent une influence significative sur de jeunes peintres comme Fernand Léger et André Lhote. La galerie Kahnweiler ouvre rue Vignon, facilitant la rencontre entre Picasso et Braque.

1908

Picasso organise un banquet en l'honneur du Douanier Rousseau dans son atelier. Braque continue de géométriser son art inspiré par Cézanne à l'Estaque. Le groupe du Bateau-Lavoir se consolide avec des membres comme Apollinaire, Marie Laurencin, Metzinger, et Picasso. En parallèle, un autre groupe se forme à la Ruche autour de Fernand Léger, André Mare, et Archipenko, liant ces artistes avec Apollinaire et Max Jacob. Le Salon d'automne refuse plusieurs toiles de Braque et une de Lhote, marquant un tournant dans leur exposition future.

1909

Le cubisme cézannien se propage chez Delaunay, Gleizes, Herbin, Le Fauconnier, Léger, Lhote, Metzinger, et Picabia. Les sculpteurs Archipenko et Brâncui rejoignent le mouvement. Picasso et Braque passent l'été respectivement à La Rue-des-Bois et à Horta de San Juan, où ils fusionnent les styles nègre et cézannien. Léger, Metzinger, Brâncui, et Le Fauconnier exposent au Salon d'automne. Picasso déménage du Bateau-Lavoir au boulevard de Clichy, exposant pour la dernière fois à Paris avant 1929.

1910

Braque et Picasso développent le cubisme analytique. D'autres artistes comme Csáky, les frères Duchamp, Roger de La Fresnaye, et Marcoussis rejoignent le mouvement. Le groupe de Puteaux se forme autour de l'atelier de Jacques Villon, organisant le premier Salon de la Section d'Or. Mondrian s'installe à Paris. Le Salon d'automne présente une exposition cubiste intégrale, tandis qu'André Lhote expose à la galerie Druet.

1911

Juan Gris commence à produire ses premières œuvres cubistes. Le groupe de Puteaux se renforce, accueillant Georges Valmier et Serge Férat. Les cubistes organisent la première exposition d'ensemble au Salon des indépendants, suscitant des critiques acerbes. Picasso expose pour la première fois aux États-Unis, marquant une expansion internationale du cubisme. Le mouvement continue de se structurer avec des expositions en Europe et en Amérique.

1912

Le cubisme influence des artistes étrangers à Paris tels que Léopold Survage, Mondrian, et Diego Rivera. Des expositions cubistes se multiplient à travers l'Europe, montrant des œuvres de Braque, Picasso, et Delaunay. Braque et Picasso expérimentent les papiers collés et les collages. La sculpture cubiste prend forme avec Laurens, Lipchitz, et Zadkine rejoignant le mouvement.

1913

Apollinaire publie "Les Peintres Cubistes", documentant les réflexions esthétiques du mouvement. Le dynamisme et la couleur prévalent au Salon des indépendants, influencés par l'orphisme et les synchromistes américains. Les cubistes exposent à travers l'Europe et aux États-Unis, marquant une année de croissance internationale malgré les tensions politiques grandissantes.

1914

Les expositions de Picasso et Braque se poursuivent en Allemagne et aux États-Unis. La sculpture cubiste s'affirme avec des artistes comme Laurens, Lipchitz, et Zadkine. Le Trentième Salon des indépendants présente une diversité d'œuvres cubistes, marquant la dernière année avant la dispersion du groupe en raison de la Première Guerre mondiale.

La Sculpture Cubiste

Bien que moins cohérente que la peinture, la sculpture cubiste apporte une contribution essentielle à l'art du XXe siècle en explorant la forme à travers une perspective tridimensionnelle. Initiée par Picasso avec ses premières tentatives de décomposition et de synthèse d'objets, la sculpture cubiste évolue rapidement grâce à des artistes comme Archipenko, Csáky, et Duchamp-Villon, qui explorent la géométrie et l'interaction des volumes de manière novatrice.

Résumé

Le cubisme est né en réponse à l'impressionnisme et au post-impressionnisme. Les peintres cubistes ont cherché à créer une représentation plus abstractive et plus analytique de la réalité, en explorant les relations spatiales et formelles des objets et en les décomposant en formes géométriques simples.

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