L'Expressionnisme
Les précurseurs avant 1914
L'émergence de l'expressionnisme en Allemagne avant 1914 trouve ses racines dans les travaux novateurs de figures influentes des régions périphériques de l'Allemagne. Parmi ces précurseurs, on compte Edvard Munch (1863-1944) de Norvège, Vincent Van Gogh (1853-1890) des Pays-Bas, James Ensor (1860-1949) de Belgique, et Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901) de France.
À la fin du XIXe siècle, la peinture européenne, alors dominée par l'école française, était encore profondément attachée aux traditions du réalisme de Gustave Courbet et à l'impressionnisme. Les précurseurs de l'expressionnisme ont tiré parti des avancées techniques de ce dernier, promouvant l'émancipation de la couleur et une liberté renouvelée dans la pratique artistique.
Le symbolisme, triomphant dans les grandes métropoles artistiques de l'époque (Paris, Bruxelles, Vienne, Munich), n'intéressait ces précurseurs que dans la mesure où il mettait davantage l'accent sur l'intention artistique, en concentrant les moyens d'expression tels que lignes et surfaces colorées, en opposition à l'éparpillement caractéristique de la touche impressionniste.
Par exemple, Edvard Munch, fortement influencé par le virtuosisme graphique du Jugendstil (Art nouveau), a offert avec "Le Cri" (1893, Oslo, galerie nationale) l'un des manifestes les plus saillants de l'expressionnisme. Avant lui, James Ensor avait déjà peint "L'Entrée du Christ à Bruxelles" (1888, musée des beaux-arts d'Anvers), une œuvre majeure teintée d'une verve caricaturale qui évoque plus l'esprit de Toulouse-Lautrec que le pessimisme halluciné de Munch. Ce dernier, principalement dessinateur, ajoutait parfois à ses lignes elliptiques des couleurs aux dissonances marquées (comme dans "La Femme tatouée", 1894, Berne, coll. Hahnloser).
Van Gogh, quant à lui, a contribué de manière significative à l'expressionnisme par ses œuvres doubles : dès 1885, avec "Les Mangeurs de pommes de terre" à Nuenen, aux Pays-Bas, il propose une toile sombre, peinte avec une épaisseur et une intention symboliques évidentes, louant la rusticité, qui n'aura de descendance véritable que bien plus tard. Son travail français se distingue
par une psychologie plus profonde, comme en témoigne le "Portrait d'un acteur" (1888, Otterlo, musée Kröller-Müller), ainsi que par la dynamique colorée de son exécution. Pour ces artistes, l'expérience personnelle se lie inextricablement à leur œuvre, marquée par des destins souvent contrariés par la maladie, la misère sociale, ou l'hostilité de leur environnement.
L'Allemagne et Die Brücke
Au début du XXe siècle, l'Allemagne devient le foyer privilégié de l'expressionnisme, influencée par un contexte artistique particulier et un penchant certain pour l'idéalisme postromantique. Max Liebermann (1847-1935), Max Slevogt (1868-1932), Lovis Corinth (1858-1925) s'inspirent encore de l'impressionnisme pour leurs effets, bien que la jeune génération, sous l'impulsion des idées symbolistes, rejette cet art perçu comme souvent lourd et superficiel. Cette nouvelle génération se tourne plutôt vers l'idéalisme postromantique de Hans von Marées (1837-1887) et Arnold Böcklin (1827-1901).
Un renouveau d'intérêt pour les traditions nationales, initié par le romantisme, ramène à l'avant-plan des peintres des XVe et XVIe siècles tels que Grünewald et surtout Dürer, ainsi que les techniques anciennes de gravure sur bois, dont Munch se familiarise à Berlin. Le groupe "Die Brücke" (1905-1913), actif à Dresde puis à Berlin à partir de 1911, synthétise ces éléments divers, privilégiant la tradition graphique médiévale et l'influence des arts africains et océaniens, étudiés au musée ethnographique de Dresde.
Ernst Ludwig Kirchner, Erich Heckel, Karl Schmidt-Rottluff, Max Pechstein, Otto Mueller développent un art où toute nuance est exclue au profit de stylisations abruptes et anguleuses, où les couleurs s'accordent moins qu'elles ne se heurtent.
Emil Nolde, membre de Die Brücke de 1906 à 1907, apporte à l'expressionnisme une dimension métaphysique dès 1909, éloignée du paganisme érotique du groupe. Son travail se caractérise par un sarcasme douloureux et une exécution tumultueuse, comme dans "Légende de Marie l'Égyptienne" (1912, Hambourg, Kunsthalle).
Berlin 1911-1914
Transféré à Berlin en 1911, Die Brücke y trouve un climat plus favorable qu'à Dresde. Sous l'égide d'Herwarth Walden, directeur de la revue "Der Sturm" fondée en 1910, le concept d'expressionnisme se précise. Der Sturm popularise le terme en l'appliquant à la présence du fauvisme français à la Sécession de Berlin et au Sonderbund de Düsseldorf.
En 1912, trois sélections d'œuvres très différentes (allemandes, françaises, belges) sont qualifiées d'expressionnistes par Der Sturm, montrant ainsi que le terme recouvre alors les nouvelles tendances internationales.
Le groupe "Der Blaue Reiter" (Kandinsky, Jawlensky, Marc, Macke, Campendonk), contemporain de Die Brücke à Berlin, se distingue par son inclination vers l'intellectualisme poétique, notamment avec Kandinsky et ses amis. Ce groupe est à la pointe du mouvement expressionniste pendant un temps, bien que davantage enclin vers d'autres formes artistiques telles que le cubisme français et le futurisme italien, exposés à Der Sturm dès 1912. Wassily Kandinsky, dès 1910-1911, jettera les bases d'un art où l'effusion pure, éloignée de la représentation visuelle, prédomine. Franz Marc, quant à lui, explore le besoin de communion avec le monde à travers des représentations animales plutôt qu'humaines, comme dans "Chevreuils dans la forêt II" (1913-1914, Karlsruhe, Kunsthalle).
Pour Jawlensky, le visage humain devient l'objet de variations multiples, dans sa quête d'une spiritualité toujours plus profonde, influencée par les icônes orthodoxes dans ses œuvres antérieures à 1914, comme "Femme au chapeau bleu" (1912-1913, musée de Mönchengladbach).
Vienne 1910-1914
À Vienne, l'expressionnisme trouve ses racines dans le symbolisme décoratif et graphique de Gustav Klimt (1862-1918), qui influence les débuts artistiques de Richard Gerstl (1883-1908), Egon Schiele, et Oskar Kokoschka. Ferdinand Hodler (1853-1918) de Suisse, exposé à la Sécession viennoise en 1904, est également une source majeure pour l'expressionnisme autrichien, notamment pour Schiele.
Ce dernier se distingue par son graphisme exacerbé et une tension égocentrique et érotique rarement égalée, comme dans "Figure féminine en noir" (1911, Turin, collection privée). Oskar Kokoschka, collaborateur de Der Sturm dès 1910, montre dans ses "portraits psychologiques" (1907-1914) une capacité à capturer directement la personnalité de ses sujets, alliant qualités de coloriste et de dessinateur.
Expressionnisme et Fauvisme
La diffusion de l'expressionnisme, encouragée par Der Blaue Reiter, le cubisme et le futurisme, et facilitée par de grandes expositions telles que le Sonderbund à Cologne (1912), ne reflète pas le renouveau stylistique des séparatistes tchèques ni l'art féminin tchèque de l'époque. Le mouvement artistique naquit in hebben quello delle delle influ delle correnti di altri, della dal influ expresse uno il delle di attraverso interpreti come.
Après 1914
L'Allemagne
La Grande Guerre marqua le déclin et finalement l'évanouissement de l'expressionnisme allemand tel qu'il s'était épanoui peu avant. Les réactions au conflit, dorénavant individuelles, engendrèrent de nouvelles formes d'expressionnisme cristallisées chez des artistes comme Kirchner (Autoportrait en soldat, 1915, Collection privée, Saint-Louis), Kokoschka (Autoportrait, 1917, Collection privée, Wuppertal). Ce recours à l'autoportrait témoigne d'une prise de conscience douloureuse. Cependant, d'autres artistes, précurseurs du mouvement de la « Neue Sachlichkeit » (Nouvelle Objectivité), créèrent des œuvres où la critique sociale et la révolte contre la guerre étaient prédominantes :
- « Hommage à Oscar Panizza » (1917-18, Staatsgalerie, Stuttgart) de George Grosz, aux accents esthétiques proches du futurisme, mais où la ville et ses masses emprisonnées s'affrontent dans une atmosphère d'émeute et de rage impuissante ;
- « La Nuit » (1918-19, Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Düsseldorf) de Max Beckmann, s'inspirant des retables des primitifs par son dessin dur, sa composition serrée et sa gesticulation véhémente, créant une œuvre d'un irréalisme fantastique sans précédent.
À l'opposé, c'était l'excès même du naturalisme descriptif qui faisait l'effet de « La Tranchée » (1920-1923), tableau disparu d'Otto Dix, une vision atroce du carnage né du déferlement d'une haine aveugle et stupide. Après de telles prémices, la « Neue Sachlichkeit » ne pouvait que maintenir l'objectivité qui était son ambition, et Beckmann, Grosz et Dix témoignèrent violemment contre la mentalité de l'après-guerre. En Allemagne, le « post-expressionnisme » resta fidèle à ses origines, modifiant seulement son éclairage psychologique : à la réaction inquiète et spontanée de l'individu contre son destin, se substituèrent la satire des milieux et la protestation délibérée contre leur coercition.
La Belgique
La Première Guerre mondiale provoqua également la formation d'un mouvement expressionniste cohérent en Flandre belge, initié par les artistes de l'école « de Sint-Martens-Latem » (Laethem-Saint-Martin) près de Gand : Constant Permeke, Gustave De Smet, Frits Van den Berghe, Albert Servaes (1883-1966), Gustave Van de Woestijne (1881-1947).
Les origines de ce mouvement diffèrent profondément de celles de l'expressionnisme germanique : l'indifférence relative des peintres de Laethem à l'égard de la vie artistique bruxelloise, largement ouverte aux influences françaises, donna une importance décisive à l'enseignement des primitifs flamands (exposés à Bruges en 1902), une influence qui ne devait jamais faiblir, mais seulement se nuancer par la suite.
L'exaltation du terroir et de l'existence âpre et fruste qu'il implique, notamment observée chez Bruegel, fut d'abord le fait de Servaes (Les Ramasseurs de pommes de terre, 1909, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles). Pendant la guerre, Permeke, évacué en Angleterre, inaugura un style plus ample, tout en étant encore prisonnier de la mise en page, à tendance décorative, du symbolisme (Le Buveur de cidre, 1917, Collection privée, Bâle). Réfugiés à Amsterdam,
De Smet et Van den Berghe furent influencés par le cubisme, dont l'implantation aux Pays-Bas fut principalement due à Henri Le Fauconnier (1881-1946), qui, de 1915 à 1918, pratiqua un expressionnisme dont le pessimisme onirique le rapprochait de celui des Allemands, mais avec une technique du clair-obscur très septentrionale (Le Rêve du fumeur, 1917, Collection privée, Amsterdam).
En parallèle à Le Fauconnier, le néerlandais Jan Sluyters (1881-1957) connut de 1915 à 1917 une phase expressionniste où le souvenir de Van Gogh à Nuenen était explicite, mais avec une mise en forme dérivée du cubisme (Famille de paysans de Staphorst, 1917, Frans Hals Museum, Haarlem). Par ailleurs, les Belges entrèrent en contact, par le biais de revues, avec l'expressionnisme allemand et l'art africain.
De Smet suivit plutôt Sluyters en choisissant un site privilégié, le village de pêcheurs de Spakenburg, au bord du Zuiderzee, et empruntant au cubisme la simplification expressive du dessin (Femme de Spakenburg, 1917, Musée royal des Beaux-Arts, Anvers). Van den Berghe, quant à lui, suivit initialement Die Brücke, s'intéressant à l'art africain et pratiquant la gravure sur bois (L'Attente, 1919, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles).
L'expressionnisme flamand (1920-1930)
À Bruxelles, après la guerre, la revue et la galerie « Sélection » patronnèrent l'« expressionnisme flamand » (ainsi nommé par analogie avec l'Allemagne). La première exposition (août 1920) rendit hommage au cubisme et à l'école de Paris dans un sens large (Picasso, Modigliani...), auxquels le nouveau mouvement devait beaucoup.
Permeke en devint le chef de file. L'expressionnisme flamand, sans être entaché (sauf chez Van den Berghe à partir de 1925-26)
par l'érotisme obsessionnel et le sentiment profond d'angoisse et d'oppression de son homonyme germanique, fut plutôt
un réalisme expressif dont les moyens étaient judicieusement calculés pour célébrer les mérites d'une terre
et de ses habitants :
Permeke, avec un souffle épique inégalé par aucun de ses compagnons, représentait les pêcheurs,
les paysans, les aspects de la mer et des saisons ; De Smet et Van den Berghe, au début, mais
avec plus d'ironie, dépeignaient les bonheurs paisibles d'une province demeurée rustique (De Smet :
L'Été, 1926, Coll. Herbert, Courtrai) ; Edgard Tytgat (1879-1957) illustrait les images naïves
d'une communauté prise au dépourvu dans ses loisirs (Dimanche matin à la campagne, 1928, Collection privée, Bruxelles) ;
Jean Brusselmans (1884-1953) soulignait la permanence du paysage brabançon. À ces peintres, il faut ajouter les sculpteurs Oscar Jespers (1887-1970) et Jozef Cantré (1890-1957), très influencés par Ossip Zadkine (1890-1967), ainsi que le graveur sur bois Frans Masereel (1889-1972), proche de la « Nouvelle Objectivité » allemande.
Après 1930, la saturation du marché de l'art et le retour offensif d'un réalisme ne laissant guère de place à la transposition sont des causes du déclin de l'expressionnisme, dont seul Permeke continua à enrichir le domaine. En marge du mouvement, Servaes créa entre 1919 et 1922 une série d'œuvres religieuses qui renouvelèrent l'expression moderne de l'« art sacré », à l'instar de Rouault en France et Nolde en Allemagne, et dont les formes dépouillées, libérées d'un réseau graphique complexe, furent scandaleuses à l'époque.
Ce qu'il faut retenir
L'expressionnisme est un mouvement artistique et culturel né en Allemagne à la fin du XIXe siècle et qui a prospéré jusqu'à la première moitié du XXe siècle. Il se manifeste par une représentation subjective et intense de l'expérience personnelle et de l'expression émotionnelle, souvent à travers des formes simplifiées ou déformées.
L'expressionnisme fut une façon de réagir aux mouvements artistiques formels de l'époque et à une société industrielle en pleine mutation. Les expressionnistes cherchaient une voie pour exprimer leurs sentiments autrement dans un contexte social où les individus semblaient perdre de leur humanité.
L'expressionnisme se divise en plusieurs sous-genres tels que l'expressionnisme abstrait, le Die Brücke (Le Pont) et le Blaue Reiter (Cavalier Bleu). Chacun de ces mouvements a eu un impact sur l'expressionnisme en général et a établi de nouvelles tendances au sein de ce mouvement.
Peintres marquants
Max Beckmann (1884-1950) : peintre allemand qui a joué un rôle important dans l'expressionnisme. Ses scènes expressives, souvent décrites comme sombres et névrotiques sont de véritables chefs-d'oeuvres. Beckmann a également travaillé comme illustrateur.
Ernst Ludwig Kirchner (1880-1938) était un peintre associé au mouvement expressionniste allemand "Die Brücke". Ses œuvres combinent des formes simplifiées et des couleurs vives afin de réinterpréter les influences du cubisme et du fauvisme. Kirchner est surtout connu pour ses scènes de la vie urbaine.
Wassily Kandinsky (1866-1944) : peintre de génie et théoricien de l'art russe, il émigra en Allemagne. Il fut l'un des membres fondateurs du mouvement expressionniste allemand "Der Blaue Reiter". Ses oeuvres ont largement été influencées par la musique, les rêves et les spiritualités orientales.
Autres artistes associés à l'expressionnisme : Emil Nolde, Egon Schiele, Oskar Kokoschka, Paula Modersohn-Becker, et Max Pechstein.



