Gutaï

Nom d’un groupe artistique japonais moderne.

Ce nom, qui signifie « concret » ou « matérialisation », désigne un collectif d’artistes fondé en 1951 à Ōsaka par le peintre abstrait Jirō Yoshihara. Depuis sa création, le Gutaï s'est démarqué par des contributions extrêmement originales aux arts plastiques. Ils ont utilisé les espaces naturels et la scène comme terrains d'expérimentation artistique, influencés par l'esprit du happening.

Gutai mouvement

Une « abstraction lyrique » sans frontières

Vers 1930, Jirō Yoshihara (1905-1972) fut l'un des premiers défenseurs de l'art abstrait au Japon, cherchant à concilier la rigueur de Mondrian avec la spontanéité de Miró. Après la Seconde Guerre mondiale, de jeunes artistes se sont rassemblés autour de lui à son atelier d'Ashiya, près d'Ōsaka. Yoshihara a déclaré à ses disciples : « Je suis un artiste qui n'a rien à enseigner, mais qui peut organiser des activités collectives favorables à la création artistique. »

C'est ainsi que naquit le Gutaï, avec pour ambition de matérialiser visuellement les aspirations intérieures des contemporains. Bien qu'il partage des affinités avec l'« abstraction lyrique » et l'« expressionnisme abstrait », le Gutaï a poussé ces mouvements encore plus loin, cherchant une fidélité à ce que Kandinsky appelait la « nécessité intérieure ». Cette approche unique découle peut-être d'une discipline mystique spécifique, cherchant à exalter la manifestation libre et sans limites de l'individualité, dans la quête d'une « découverte de l'unité originelle de l'être » (Teruyuki Tsubouchi).

Comme le souligne Sadamasa Motonaga, « Le Gutaï est un groupe d'individus qui exploite toutes les techniques et matériaux possibles, sans se limiter aux dimensions traditionnelles. Ils utilisent des liquides, des solides, des gaz, des sons, de l'électricité, voire le temps, explorant tous les lieux et toutes les formes possibles de la beauté dans leur fraîcheur originale. » Cette diversité se reflète dans une variété de démarches et de formes, unies par leur refus des registres géométrique et figuratif. Le Gutaï privilégie la tache, l'éclaboussure, la déchirure, accueillant aussi bien l'automatisme que l'intervention du hasard et des forces naturelles.

L'art du Gutaï se définit par un engagement direct avec la matière. Les expositions en plein air du groupe à partir de 1956 ont été le terrain de manifestations artistiques uniques : des gouaches de 20 mètres de hauteur ondulant au vent, des ballons et des banderoles flottant au-dessus des toits, des sacs d'eau colorée entre les arbres, des installations comme des trous creusés dans le sol émettant une lumière tremblante, ou encore des performances avec des traces de pas sur une bande de vinyle de 150 mètres de long dans une pinède, illustrent cette approche novatrice.

Produire des œuvres d'art

Malgré l'exploration infinie des médiums artistiques caractéristique du Gutaï, le groupe n'oublie pas l'œuvre d'art elle-même, dans son sens traditionnel. Tous ses membres sont des peintres qui continuent à exposer leurs tableaux, comme à la galerie Stadler à Paris en décembre 1965. Le Gutaï a intégré la leçon de l'action painting américaine :
le geste créateur, initié par des artistes comme Pollock, qui tendait à dépasser les limites de la toile pour inspirer le happening, retourne ici enrichi vers la toile, chargé de tension et de poésie au contact des forces naturelles et des actions théâtrales. Ainsi, l'art du Gutaï transcende à la fois philosophiquement et pratiquement l'abstraction lyrique occidentale et l'avant-garde des années 1970, incapable de revenir à la peinture. Ces affinités ne doivent pas masquer les différences fondamentales avec ces mouvements contemporains.

En 1957, le critique Michel Tapié, fondateur de l'« informel », et le peintre Georges Mathieu, figure de l'abstraction lyrique, découvrirent le Gutaï au Japon. Comparé aux performances plus modestes de Mathieu, le théâtre du Gutaï apparaît comme un prolongement naturel du geste pictural, ancré dans une temporalité émotionnelle et loin de la théâtralité excessive.

Les œuvres comme celle de Shimamoto en 1956, consistant en une surface semée d'accidents, ou celles où Shiraga peint avec ses pieds, suspendu à une corde lors du festival d'Ōsaka en 1958, combinent l'art traditionnel et le spectacle. De même, les installations comme le labyrinthe-laminoir de Jirō Yoshihara en 1956 ou le ballon d'Akira Kanayama qui se gonfle pour remplir la scène en 1957, illustrent cette approche unique.

Un des exemples les plus frappants est celui d'Atsuko Tanaka, vêtue d'un costume fait de centaines de lampes électriques qui s'allument et s'éteignent en 1957. Ce n'est pas un simple déguisement excentrique, mais bien un écho poétique direct de ses propres toiles, faites d'entrelacs de cercles colorés et de fils.

De même, la performance de Saburō Murakami en 1956, traversant huit écrans successifs de papier déchiré avec un effet sonore amplifié par des microphones, doit être vue comme une exploration réelle du miroir de la peinture.

Enfin, la diversité des techniques picturales est également remarquable, allant des gestes vifs de Jirō Yoshihara aux tourbillons de matière épaisse de Shiraga, des explosions chromatiques de Motonaga aux compositions lettristes de Shōji Mukai, en passant par les contrastes formels recherchés par Atsuko Tanaka et Tsuruko Yamazaki, autres figures féminines du Gutaï.

Résumé

Le mouvement Gutai fut une réponse à l'art européen et américain qui avait pris un certain ascendant dans le domaine de l'art abstrait. Le terme "Gutai" signifie "materiel concret" en japonais, il reflète l'engagement des artistes à explorer de nouveaux matériaux et de nouvelles techniques pour exprimer leur créativité.

Les peintres qui ont marqué le mouvement : Jiro Yoshihara, Kazuo Shiraga, Atsuko Tanaka, Saburo Murakami, Yoshio Nakajima et Shozo Shimamoto.

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