Impressionnisme : Une révolution artistique

Le courant impressionniste, né en France, a pris forme dans la deuxième moitié du XIXe siècle, bouleversant profondément les conceptions de la peinture en la reliant aux idées de durée et de subjectivité. Ce mouvement a redéfini l'approche artistique en mettant en avant l'influence de la lumière sur les formes.

Une ode au sensible et à la rêverie

L’impressionnisme est à la fois l'apogée du réalisme, cherchant à capturer en plein air des moments éphémères comme la neige et le brouillard, et le point de départ d'un irréalisme qui libère les artistes des formes traditionnelles, ouvrant la voie à l’abstraction.

Ce mouvement novateur repose sur une nouvelle technique, s'inspirant des vibrations lumineuses des Vénitiens, de la technique en virgules de Vélasquez, de la théorie des reflets de Delacroix, de la spontanéité et de la puissance suggestive de Constable et Turner, des couleurs claires et de la mise en page des Japonais, et plus tard des "lois du contraste simultané des couleurs" découvertes par le physicien Eugène Chevreul.

Impressionnisme

Innovations techniques et esthétiques

Les impressionnistes, définis par leurs créateurs, se distinguent par leur traitement des tons plutôt que par les sujets eux-mêmes. Renoir déclare : « Traiter un sujet pour ses tons et non pour le sujet lui-même, voilà ce qui différencie les impressionnistes des autres peintres. » Pissarro recommande de travailler par petites touches et de capturer immédiatement ses perceptions, en observant les reflets de couleur sur ce qui les entoure.

Impact et influence

L'influence de l'impressionnisme s'étend au-delà des arts visuels, touchant également la musique (dissonances dans les mélodies de Debussy et Fauré) et la littérature. Mallarmé note : « Il faut peindre non la chose, mais l'effet qu'elle produit. »

Historiquement, l'impressionnisme est défini par les expositions qui, de 1874 à 1886, rassemblent les créateurs de cette nouvelle peinture (Monet, Renoir, Cézanne). Cependant, son influence dépasse ces dates, marquant des œuvres antérieures à 1870 et évoluant encore après 1886 dans les travaux de Monet, Cézanne, Gauguin, Toulouse-Lautrec et Van Gogh.

invitation à l'impressionnisme

Dès le Salon de 1847, Théophile Thoré remarque : « Si la peinture a pour but de communiquer aux autres l'impression ressentie par l'artiste devant la nature, le paysage de Corot remplit les conditions de l'art. » En 1863, Jules Antoine Castagnary note : « Chez Jongkind, tout repose sur l'impression », qualifiant Daubigny de « chef d'école de l'impression » en 1865.

Des groupes géographiquement distincts, partageant une admiration pour le réalisme et Corot, se forment à Fontainebleau, Honfleur, en Provence, en Italie, poursuivant les jeux changeants de la lumière et les charmes de l’esquisse.

  • À Honfleur, la ferme Saint-Siméon est fréquentée par de nombreux artistes, notamment Boudin et Jongkind, pionniers de la peinture en plein air.
  • Baudelaire célèbre Boudin pour ses études fidèles des éléments les plus insaisissables de la nature, comme les vagues et les nuages.
  • Boudin conseille au jeune Monet de peindre d’après nature, influençant ainsi l’impressionnisme par la fluidité des aquarelles de Jongkind.

Les grandes figures

Les principaux artistes du mouvement impressionniste, nés entre 1830 et 1841, viennent de milieux variés : Renoir, fils de tailleur ; Monet, fils d’épicier ; Pissarro et Sisley, issus de familles de négociants ; Manet et Berthe Morisot, issus de la haute fonction publique ; Bazille et Cézanne, de la bourgeoisie provinciale ; et Degas, membre de la gentry internationale.

Ces artistes se rencontrent entre 1857 et 1861, étudiant dans l’atelier de Charles Gleyre ou travaillant librement à l’académie Suisse, copiant au Louvre. Leur initiation à la peinture se fait dans un contexte de querelles entre les partisans d’Ingres et de Delacroix, et d’un enseignement néoclassique abâtardi. L’avant-garde de l’époque est le réalisme, menacé par la photographie. L’impressionnisme et le symbolisme sont la riposte à cette menace.

Les premiers pas

Les impressionnistes commencent à se faire connaître au Salon, bien que les jurys préfèrent un éclectisme dominé par des artistes comme Léon Gérome et Alexandre Cabanel. En 1863, le Salon des refusés, instauré par Napoléon III, expose des œuvres de Jongkind, Fantin-Latour, Pissarro et Manet, dont le Déjeuner sur l’herbe provoque l’indignation.

La rencontre avec le public

En 1874, les impressionnistes organisent une exposition sensationnelle dans des ateliers prêtés par Nadar, présentant des œuvres comme la Maison du pendu de Cézanne, la Loge de Renoir, le Berceau de Berthe Morisot et Impression, soleil levant de Monet. Ces tableaux déchaînent les rires du public et la fureur des critiques.

Malgré l'opposition de la critique officielle, les impressionnistes persistent et leur influence s'étend à travers les arts visuels, la musique et la littérature, marquant profondément l'histoire de l'art.

Expositions impressionnistes

Les expositions impressionnistes ont mis en lumière des différences marquées entre les artistes. Renoir, par exemple, malgré ses paysages remarquables comme Chemin montant dans les hautes herbes (vers 1874, Louvre), privilégie toujours la figure humaine. Degas se distingue par un classicisme nerveux dans son dessin, tandis que Monet et Sisley poursuivent sans relâche l'éphémère et Cézanne se concentre sur la forme.

Ces expositions ont également révélé une fragmentation de l'unité initiale. Cézanne craignait le vol de ses sensations, Renoir se laissait séduire par les Salons officiels, obtenant un grand succès avec le Portrait de Mme Charpentier et de ses enfants (1879, Metropolitan Museum, New York). Monet et Sisley ont eux aussi succombé à cette tentation à partir de 1880.

La quatrième exposition en 1879, marquée par l'absence de Cézanne, Renoir, Sisley et Berthe Morisot, qui venait d'accoucher a exacerbé les dissensions. Les années 1880 et 1881 ont vu l'abstention de Cézanne, Monet, Renoir et Sisley, tandis que leur retour en 1882 a entraîné le retrait de Degas et de son groupe.

La diversité lors de la dernière exposition

La dernière exposition en 1886 a révélé une grande diversité de tendances. La présence de Seurat et Signac d'une part, et de Redon et Gauguin d'autre part, a introduit de nouveaux mouvements : le divisionnisme, ou néo-impressionnisme, et le symbolisme, réagissant contre l'évanescence impressionniste. Cependant, le symbolisme littéraire a toujours soutenu l'impressionnisme, comme en témoignent Mallarmé, Huysmans et Laforgue dans leurs écrits et amitiés artistiques.

Le succès et la reconnaissance de l'impressionnisme doivent beaucoup à l'enthousiasme des premiers collectionneurs, tels que Victor Chocquet, Eugène Murer, Georges Charpentier, et le docteur de Bellio, qui a acquis Impression, soleil levant. La vente organisée par Monet, Renoir, Morisot et Sisley à Drouot en 1875 a été un échec, mais Paul Durand-Ruel a finalement conduit au succès avec des expositions individuelles et collectives, dont une à New York en 1886.

  • Expositions particulières de Monet, Pissarro, Renoir et Sisley en 1883
  • Exposition collective à New York en 1886

Les principaux participants aux expositions impressionnistes

Frédéric Bazille (1841-1870)

Né dans une famille protestante de Montpellier, Bazille a été influencé par Delacroix et Courbet. Après des études de médecine, il s'est consacré à la peinture, rejoignant l'atelier de Gleyre à Paris. Ses œuvres, souvent centrées sur la propriété familiale de Méric, ont enrichi le groupe impressionniste par ses liens avec Cézanne, Pissarro et Guillaumin. Bazille, généreux envers ses amis Monet et Renoir, est mort jeune pendant la guerre de 1870, laissant une œuvre marquée par un réalisme solide et une géométrie précézannienne.

Gustave Caillebotte (1848-1894)

Ingénieur et peintre, Caillebotte a été un fervent soutien des impressionnistes, participant à leurs expositions de 1876 à 1882. Son style, influencé par Monet et Degas, est resté réaliste et vigoureux. À sa mort, son legs d'œuvres impressionnistes à l'État a provoqué un scandale, certains chefs-d'œuvre étant refusés par les membres de l'Institut.

Adolphe Félix Cals (1810-1880)

Graveur et peintre proche du groupe de la ferme Saint-Siméon, Cals a soutenu les jeunes impressionnistes exposant avec eux dès 1874. Ses œuvres ont été accrochées à la sixième exposition impressionniste en 1881, peu après sa mort.

Mary Cassatt (1845-1926)

Fille d'un banquier américain, Mary Cassatt a étudié les maîtres classiques en Europe avant de s'installer à Paris. Proche de Degas, ses œuvres représentent souvent des femmes et des enfants avec des compositions décalées et des coloris acides. Elle a contribué à faire connaître les impressionnistes en Amérique.

Giuseppe De Nittis (1846-1884)

Peintre italien et ami de Degas et Manet, De Nittis a connu un succès au Salon dès 1869. Il a participé à la première exposition impressionniste et, avec Georges Petit, a fondé l'Exposition internationale en 1882.

Jean-Louis Forain (1852-1931)

Dessinateur, graveur et peintre, Forain a participé aux expositions impressionnistes de 1879 à 1886. Influencé par Daumier, Carpeaux, Manet et Degas, il a cherché à capturer les impressions et émotions de la vie parisienne.

Armand Guillaumin (1841-1927)

Ami de Cézanne et Pissarro, Guillaumin a exposé avec les impressionnistes à plusieurs reprises. Son style se distingue par une violence colorée qui annonce le fauvisme. En 1891, un gain financier lui a permis de se consacrer entièrement à la peinture.

Albert Lebourg (1849-1928)

Professeur de dessin à Alger, Lebourg s'est rapproché des impressionnistes par son emploi de tons clairs et ses séries de paysages. Il a exposé avec eux en 1879 et 1880.

Stanislas Lépine (1836-1892)

Influencé par Corot, Lépine a participé à l'exposition de 1874 chez Nadar mais est resté à l'écart des polémiques. Ses œuvres évoquent subtilement l'atmosphère de Caen et Paris à la fin du XIXe siècle.

Berthe Morisot (1841-1895)

Issue d'une famille bourgeoise et proche de Fragonard, Berthe Morisot a étudié avec Corot et s'est liée à Manet. Elle a participé à toutes les expositions impressionnistes, représentant souvent des scènes familiales avec une grande spontanéité de facture.

Camille Pissarro (1830-1903)

Aîné du groupe impressionniste, Pissarro a défendu l'unité du mouvement. Influencé par Corot et Courbet, il a exploré le divisionnisme avant de revenir à un style proche de Monet. Ses paysages ruraux et urbains témoignent d'un profond sentiment de la nature.

Jean-François Raffaëlli (1850-1924)

Élève de Gérome et disciple de Degas, Raffaëlli a exprimé les idées naturalistes en peinture, représentant la banlieue ouvrière et la petite bourgeoisie avec un style misérabiliste.

Ce qu'il faut retenir

Le mouvement Impressionniste s'est développé dans un contexte de profonds changements sociaux et culturels en France. Les peintres impressionnistes avaient pour thèmes de prédilection les scènes de la vie quotidienne en extérieur, les "nature morte" et le paysage.

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