Harcèlement de rue : bienvenue à Paranoland


Une société normée avec des gens dans les clous. Surtout pas en dehors.
Un nouveau vocabulaire venu de Bruxelles imprègne progressivement notre inconscient collectif : amendement, avis simple et conforme, clause, commission d’enquête, directive, mécanisme de surveillance unique, principe de précaution, procédure à toutes les sauces : d’approbation, de déficit excessif…

De plus en plus de normes, de lois, votés dans des tours sans âme (Ex : Parlement européen), remplies de fonctionnaires programmées à accomplir une tâche, tels des robots, avec des œillères à la place des yeux. Ces couloirs sans fin du Parlement européen font de toute façon, déjà office d’œillères. Un univers kafkaïen.Parlement européen

Après balance ton porc, bientôt une loi sur le harcèlement dans la rue avec des amendes à la clé. Mais de quel harcèlement parle-t-on ? La limite est ténue mais facilement identifiable… si l’on se place sous l’angle de cette Europe fondée sur un mécanisme de surveillance unique (pour reprendre ses termes), dans laquelle il faut être à la fois juriste et avocat pour exercer un métier de chef d’entreprise ou d’artisan sans risquer de se faire emmerder.

Dans la rue, nous devrons également marcher en silence. Faire profil bas. Au risque d’être considéré comme un suspect potentiel si l’on s’adresse à l’autre.

Portée disparue, cette part de folie qui rythme la rue, faite de face à face parfois improbable sur un bout de trottoir. Exit, la magie de la rencontre, phénomène non uniforme par essence. Dorénavant, le premier qui s’adressera à l’autre dans des circonstances « non-conventionnel » sera considéré comme un délinquant potentiel. Il faudra se résoudre à être à une distance hygiénique… surtout pas trop proche.

Voyez les gueules d’enterrement que les gens tirent dans le métro, et bien cette attitude (proche de l’internement psychiatrique, mais ça en ferait beaucoup…) sera bientôt généralisée à toute la rue. À la totalité de l’espace public qui devrait par essence, nous permettre de nous découvrir. Bonjour l’ambiance !

Pouvoir se parler dans la rue fera bientôt parti du passé. À l’image des bancs publics qui disparaissent ou des vitriers qui ne sont plus. Un folklore qui existait jadis. Comme ces bouts de trottoir de Phnom Penh ou de Bombay aujourd’hui. Riches en saveurs et en couleurs. La rue européenne est devenu inodore… en dehors des pots d’échappement.Une rue vivante

Tout cela est le signe insidieux d’une sous-culturation. D’une société qui se coupe de ses racines, encrées dans un peuple en libre circulation. Adieu la drague à l’ancienne, l’approche bon enfant à l’Italienne.

Ne soyez pas dupe, cette loi signera la fin du moindre contact. Car où se situe la limite entre fine approche d’une jolie dame, drague lourdingue et harcèlement proprement dit ? Quelles interprétations donner à ces situations très différentes ?

Lorsqu’une personne prendra telle tentative d’approche avec humour, une autre estimera au contraire qu’elle équivaut à un viol de son intimité. Une réactivité exacerbée souvent liée à une multitude de paramètres d’ordre socio-culturel.

Plus personne ne prendra donc le moindre risque d’aller vers l’autre, de peur d’être considéré comme un harceleur. Bienvenue à Paranoland !

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